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Une guerre juste, juste une guerre : Réponse à Christophe Barbier

Une guerre juste, juste une guerre : Réponse à Christophe Barbier

L’Express n’a pas publié le droit de réponse que nous lui avons envoyé il y a deux semaines.

Voici ce que vous auriez pu lire, une semaine après l’éditorial intitulé « Israël a raison de mener cette guerre et il le fait aussi pour notre tranquillité ».




Réponse à Christophe Barbier

Christophe Barbier,

Dans L’Express du 15 janvier, vous écrivez avec votre énergie habituelle un texte intitulé « Israël a raison de mener cette guerre et il le fait aussi pour notre tranquillité ». Ce texte, bouillonnant d’idées comme d’habitude sous votre plume, appelle une réaction.

Tout d’abord, une approbation bien sûr à votre préambule : « C’est par-delà l’horreur qu’il faut réfléchir. C’est au-delà des images, ou malgré leur censure, qu’il faut penser les conflits. »

La suite est plus discutable. « Le Hamas est un mouvement terroriste », assénez-vous. Eh oui, les résistants des uns sont les terroristes des autres, comment en serait-il autrement ? Rappelez-vous l’Affiche rouge, rappelez-vous le Sin Fein, rappelez-vous les opposants aux franquisme… Et rappelez-vous l’origine du Likoud, par exemple. Aujourd’hui, le Likoud est un parti de gouvernement tout ce qu’il y a de plus officiel, mais il est la fusion de la Haganah et de l’Irgoun qualifiés de « terroristes » par les Anglais occupant la Palestine jusqu’à la création d’Israël.

« Au grand jeu de la reculade et du marchandage, tonnez-vous, l’Occident a perdu trop gros. En matière d’islamisme, si elles acceptent le choléra pour éviter la peste, les démocraties mourront du choléra, tout simplement. »

Vous transformez un problème politique en problème religieux. On ne demande pas à l’Occident ce qu’il pense de l’islam et des manières diverses dont il est pratiqué… ou non. On lui demande de reconnaître un État palestinien dans les frontières de 1967. Il n’est pas question de lignes de partage spirituelles, mais historiques, géographiques et politiques. Ne noyez pas le poisson, de grâce.

« Les bombes ne suffisent pas à couvrir le choeur des hypocrites, déclamez-vous ensuite, qui attendent que Tsahal éradique le Hamas, en espérant que dégâts et bavures seront limités : pays arabes voisins ou lointains, Fatah palestinien ou grandes puissances sont tous impatients que ce sale travail soit terminé, comme ils seront soulagés et ravis qu’il soit fait. » Faut-il vous rappeler que le Fatah, que vous accusez d’attentisme, agit sous occupation ? Il réclame depuis quarante ans que les grandes puissances exigent d’Israël l’application des résolutions de l’ONU, décisions qu’Israël bafoue sans vergogne. La destruction volontaire, symbolique et répétée de sites des Nations unies ces derniers jours se voulait visiblement une illustration du mépris dans lequel Israël tient la communauté internationale et ses instances médiatrices.

« Le monde doit intervenir », concluez-vous, Christophe Barbier, à juste raison. Sécurité des civils, désarmement des terroristes, stabilité des frontières ne sont à peu près assurés, des Balkans à l’Afrique, en cas de conflit, que par les Casques bleus. » Oui, la stabilité des frontières, justement, les Palestiniens l’appellent de leurs vœux depuis 1967. C’est l’origine de ces affrontements répétés. C’est une bonne idée d’utiliser des Casques bleus. Mais jusqu’à présent, ce n’est pas la mauvaise volonté des Casques bleus qui empêche la Palestine de récupérer ses territoires occupés – découpés, rongés, ravagés.


Une guerre juste, juste une guerre par Christophe Barbier
Article de Christophe Barbier paru le 15 janvier dans l’Express

Israël a raison de mener cette guerre et il le fait aussi pour notre tranquillité.

C’est par-delà l’horreur qu’il faut réfléchir. C’est au-delà des images, ou malgré leur censure, qu’il faut penser les conflits. Il n’y a pas plus aveugle qu’un militaire ni pire sourd qu’un terroriste. Le premier tire sur tout ce qui bouge, parce que cela peut être un ennemi ; le second vise aussi ce qui ne bouge pas, parce que même un civil endormi est un ennemi. Mieux : une cible. Il faut renoncer à dire le droit en un tel affrontement si l’on n’est pas certain de s’abstraire de toute passion sans céder au cynisme.

Depuis que Tsahal est entrée dans la bande de Gaza, les opinions de surface tonitruent, le manichéisme plastronne et l’esprit de finesse se cantonne à la question de la poule palestinienne et de l’oeuf israélien : les roquettes du Hamas sont-elles la cause de la guerre ou bien est-ce le blocus imposé par Tel-Aviv ?

On ne peut pourtant en rester là, et il faut chercher dans les décombres celle qui est, comme toujours, la première victime : la vérité - au moins, extirper quelques-uns de ses tessons de la boue des mensonges et de la propagande.

  • Le Hamas est un mouvement terroriste.

Expliquer qu’il a une « base populaire » et qu’un scrutin lui a confié légalement le pouvoir est exact, mais le nimber de nationalisme et l’oindre de démocratie, c’est ruser avec le vrai : il n’y a pas de terrorisme légitime. Affirmer que la chute du Hamas laisserait la place à des mouvements plus intégristes encore, et qu’il vaut mieux traiter avec celui-ci qu’affronter ceux-là, c’est raisonner comme un poltron. Au grand jeu de la reculade et du marchandage, l’Occident a perdu trop gros. En matière d’islamisme, si elles acceptent le choléra pour éviter la peste, les démocraties mourront du choléra, tout simplement.

  • Israël agit pour nous.

Les bombes ne suffisent pas à couvrir le choeur des hypocrites, qui attendent que Tsahal éradique le Hamas, en espérant que dégâts et bavures seront limités : pays arabes voisins ou lointains, Fatah palestinien ou grandes puissances sont tous impatients que ce sale travail soit terminé, comme ils seront soulagés et ravis qu’il soit fait. Israël a raison de mener cette guerre et, même si le Hamas n’est pas djihadiste, il le fait aussi pour notre tranquillité, ce qu’il est honteux de ne pas reconnaître.

  • Le monde doit intervenir.

Sécurité des civils, désarmement des terroristes, stabilité des frontières ne sont à peu près assurés, des Balkans à l’Afrique, en cas de conflit, que par les Casques bleus. Il reviendra à Barack Obama de rendre possible cette intervention - et donc de convaincre Israël de l’accepter - puis à la France, notamment, de la mettre en oeuvre.

  • La solution est politique.

Deux Etats en coexistence armée, séparés par des murs s’il le faut, aux économies viables : tel demeure l’objectif. Quels leaders israélien et palestinien le proposeront ? Vivre ensemble est impossible, vivre côte à côte suffira. Voisins sans être amis, Israël et Palestine auront alors la nuit des temps pour se confronter sans s’affronter. Parce qu’il est question de religion, la réconciliation n’adviendra jamais : Dieu ne se prête pas aux traités de paix. Mais, parce que l’âge politique est laïque, il sera possible de rendre vivable cette éternelle antipathie. Les chiens de faïence ne mordent pas et les générations futures se parleront. Peut-être.






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