Salam Fayyad, l’optimisme du désespoir

Premier ministre de l’Autorité Palestinienne, Salam Fayyad a substitué la construction des bases d’un Etat à ce « processus de paix » qui a longtemps donné l’illusion du mouvement dans les négociations israélo-palestiniennes.
Tout un vocabulaire y était associé : « la relance », « la feuille de route »… instaurant une routine stérile dans la communauté internationale, une tranquille bonne conscience en Israël, une insécurité croissante en Palestine. En témoigne 15 morts en Cisjordanie et 1150 blessés imputables à l’armée ou aux colons en 2010 (Source OCHA, OMS, FAO, UNRWA, PAM).
A y regarder de plus près en effet, à Jérusalem-Est comme je l’ai fait avec trois autres sénatrices, Mmes Demontès, Labarre et Voynet, au cœur d’Hébron ou sur les collines de Cisjordanie, le seul mouvement perceptible est celui continu, méthodique, de la colonisation : Aucun colon en 1966, à peine 10 000 en 1972, 200 000 en 1993, plus de 500 000 aujourd’hui.
En dépit de quelques de pauses, lorsque la pression américaine a bien voulu s’exercer ou que le calendrier était par trop défavorable, la colonisation n’a pas seulement déchiqueté la terre palestinienne mais elle a gangréné les esprits, s’insinuant au cœur même du gouvernement israélien dont le parti d’Avigdor Lieberman est aujourd’hui l’arbitre. Elle a fait du Likoud un parti du centre et, de la société israélienne, l’otage des colons ultra-religieux les plus violents et extrémistes.
Le processus de paix israélo-palestinien, fondé sur le principe cardinal de la terre contre la paix, en est mort, tué par la disparition de son objet : le territoire palestinien.
Rongés, morcelés, fragmentés par la colonisation, le mur, les routes de contournement, les territoires palestiniens ont rétréci. On peut blâmer la puissance occupante mais ne doit-on pas accuser les Etats-Unis et l’Union Européenne qui lui ont laissé le champ libre ? Déboucher sur un État palestinien viable ?
La lutte optimiste et désespérée de Salam Fayyad cherche à impulser une autre dynamique : créer le fait accompli de cet Etat sur le peu de surface sur laquelle il a autorité. L’Autorité Palestinienne a-telle une solution de rechange face à l’ensemble des partis israéliens d’autant plus ralliés à la solution des deux États qu’il n’en reste presque rien sur le terrain, la communauté internationale satisfaite de la moindre impression de mouvement et ayant renoncé à obtenir tout résultat au moins conforme à la simple justice puisqu’elle passe la légalité internationale par perte et profit. Aujourd’hui pourtant, le vertige du vide menace : il n’y a plus de négociations. Leur existence même est devenue la seule chose qui reste à négocier.
C’est que le processus est vide de sens. Il faut en sortir et revenir aux fondements de la légalité internationale.
L’action de Salam Fayyad ne trouvera pas le débouché de la reconnaissance internationale vers laquelle tend toute son action sans une condamnation ferme et sans équivoque de la colonisation et sans une pression concertée, volontaire et opiniâtre sur Israël pour préserver les droits des Palestiniens. C’est l’enjeu de la demande de reconnaissance d’un État palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale. Et cette reconnaissance n’est pas une fin mais bien le début d’une véritable réappropriation de la Cisjordanie et de Gaza par son peuple.
Monique Cerisier ben Guiga
Sénatrice des Français établis hors de France
Présidente du groupe d’information internationale France-Territoires palestiniens du Sénat



