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La longue marche vers l'Etat Palestinien

La longue marche vers l’Etat Palestinien


Mahmoud ABBAS
Le 16 mai 2011
Ramallah, Cisjordanie.




Il y a 63 ans, un jeune Palestinien de 13 ans fut forcé de quitter sa maison à Safed, ville de Galilée, et de fuir avec sa famille, en Syrie. Il y trouva un abri de fortune, sous une tente de toile, fournie aux réfugiés arrivants. Plusieurs décennies durant, avec sa famille, et malgré leur désir légitime de retrouver leur maison et leur patrie, ils se sont vus refuser ce droit de l’Homme le plus fondamental. L’histoire de cet enfant là, comme celle de beaucoup d’autres enfants Palestiniens, c’est la mienne.

Ce mois-ci, alors que nous déplorons une année de plus notre expulsion - que nous appelons Nakba, ou catastrophe, le peuple Palestinien est empli d’espoirs : en septembre, lors de la session de l’Assemblée générale des Nations Unies, nous solliciterons la reconnaissance internationale d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, et son adhésion au Nations Unies en tant que membre à part entière.

Beaucoup s’interrogent sur la valeur d’une telle reconnaissance, alors que l’occupation israélienne perdure. D’autres nous ont accusés de mettre en péril le processus de paix. Nous estimons que l’Etat représente un atout fondamental pour tous les Palestiniens -pour ceux qui vivent dans le pays, en exil et sous occupation.

Il est important de noter que la dernière fois que le dossier de l’Etat Palestinien s’est trouvé au devant de la scène à l’Assemblée générale, la question posée à la communauté internationale était de savoir si notre patrie devait être divisée en deux Etats. En novembre 1947, l’Assemblée générale avait formulé sa recommandation et avait répondu par l’affirmative. Peu de temps après, les forces sionistes ont expulsé les Arabes Palestiniens pour garantir une écrasante majorité juive au futur Etat d’Israël, puis, les armées arabes sont intervenues. Ont suivi, la guerre et de nouvelles expulsions. Il se trouve que ce sont les enfants de ces Palestiniens expulsés, qui ont été tués et blessés par les forces israéliennes dimanche dernier, alors qu’ils tentaient symboliquement d’exercer leur droit au retour dans leurs maisons de famille.

Quelques minutes à peine après sa création le 14 mai 1948, les Etats Unis ont reconnu l’Etat d’Israël. Notre Etat Palestinien, reste lui, cependant, une promesse non tenue.

L’admission de la Palestine aux Nations Unies ouvrirait la voie à une internationalisation du conflit, non seulement en tant que question politique, mais aussi en tant que question juridique. Elle ouvrirait également la voie à des poursuites contre Israël, devant les Nations Unies, devant les organes conventionnels des droits de l’Homme, et devant la Cour internationale de Justice.

Notre quête de reconnaissance en tant qu’Etat est loin d’être une manœuvre : trop de nos hommes et de nos femmes ont péri pour nous permettre de nous engager dans un tel acte théâtral politique. A présent, nous nous rendons devant les Nations Unies pour garantir notre droit de vivre libres, sur les 22% restants du territoire de notre patrie historique, suite à 20 ans de négociations avec l’Etat d’Israël, sans avoir progressé dans la création de notre propre Etat. Nous ne pouvons attendre indéfiniment, alors qu’Israël continue d’installer davantage de colons en Cisjordanie occupée, et qu’il dénie aux Palestiniens l’accès à la plupart de nos terres et lieux saints, et ce, en particulier à Jérusalem-Est. Ni les pressions politiques, ni les promesses de récompenses faites par les Etats Unis, n’ont arrêté le programme de colonisation israélienne.

Les négociations restent notre option privilégiée, mais en raison de leur échec, nous nous trouvons à présent dans l’obligation de nous tourner vers la communauté internationale, pour nous aider à préserver la solution d’une issue pacifique et juste au conflit. L’unité nationale palestinienne est une étape clef dans ce domaine. Contrairement à ce qu’affirme le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et à ce qu’il répètera surement lors de sa visite à Washington, le choix à faire n’est pas entre l’unité palestinienne ou la paix avec Israël, mais, entre la solution de deux Etats ou les colonies.

Malgré les tentatives d’Israël visant à dénigrer notre adhésion tant attendue à la communauté des Nations, nous avons rempli toutes les conditions préalables pour devenir un Etat souverain, énumérées dans la Convention de Montevideo, et dans le traité de 1933, énonçant les droits et devoirs des Etats. Le peuple palestinien représente la population permanente de notre pays, dont le droit à l’autodétermination, a été reconnu à maintes reprises par les Nations Unies, et par la Cour internationale de Justice, en 2004. Notre territoire est reconnu dans la limite des terres définies par les frontières de 1967, bien qu’occupé par Israël.

Nous avons les capacités d’établir des relations avec d’autres Etats, et nous avons établi des ambassades et des missions dans plus de cent pays. La Banque mondiale, le Fond Monétaire International et l’Union européenne ont indiqué que nos institutions sont développées au niveau nécessaire requis pour un Etat souverain. Seule l’occupation de notre terre nous empêche d’atteindre le plein potentiel national, ce qui ne représente pas un obstacle à la reconnaissance de notre Etat par les Nations Unies.

L’Etat palestinien entend être un Etat pacifique, respectueux des droits de l’Homme, de la démocratie, de la primauté de l’Etat de droit et des principes de la Charte des Nations Unies. Une fois admis aux Nations Unies, notre Etat sera disposé à négocier toute question fondamentale liée au conflit avec Israël. L’un des éléments clefs des négociations sera d’aboutir à une solution juste au problème des réfugiés Palestiniens, basée sur la résolution 194 que l’Assemblée générale avait votée en 1948.

La Palestine négocierait en qualité de membre des Nations Unies, dont le territoire est occupé militairement par un autre pays, et non en tant que peuple vaincu, prêt à accepter n’importe quelles conditions qui nous seraient présentées.

Nous faisons appel à toutes les nations amies, éprises de paix, à se joindre à nous pour accomplir nos aspirations nationales, par la reconnaissance de l’Etat de Palestine dans les frontières de 1967, en appuyant son admission au Nations Unies. Si la communauté internationale tient la promesse qu’elle nous avait faite il y a six décennies, et si elle veille à ce qu’une solution juste pour les réfugiées Palestiniens soit mise en vigueur, alors, l’avenir sera empli d’espoir et de dignité pour notre peuple.

Mahmoud Abbas est le Président du Comité Exécutif de l’Organisation de Libération de la Palestine et le Président de l’Autorité Nationale Palestinienne.






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