Hommage au dialogue des langues et des cultures entre la France et le monde arabe : Mr Elias SANBAR, représentant de la Palestine à l’UNESCO, nommé Commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres.
Ci dessous un extrait du discours de Monsieur Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, prononcé à l’occasion de l’hommage au dialogue des langues et des cultures entre la France et le monde arabe et remise des insignes de l’ordre des Arts et des Lettres à Monsieur Elias Sanbar entre autres.
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Cher Elias Sanbar,
« Et la terre se transmet comme la langue », écrivait Mahmoud Darwich.
Cette formule du poète palestinien disparu, ce pourrait être la vôtre – non pas seulement parce que vous en êtes le traducteur en français, mais parce qu’elle dit quelque chose de votre rapport au monde et de vos engagements pluriels.
L’engagement militant, tout d’abord, d’un homme qui mène depuis maintenant quarante ans une lutte pour les droits d’un peuple. C’est l’histoire d’une famille chassée de Palestine à la fin des années 1940 comme tant d’autres, et qui part s’installer au Liban. Une Nakba vécue alors que vous n’étiez agé que d’un an, un souvenir enfoui, que vous allez tenter toute votre vie de reconstituer. Votre père a su vous transmettre, dans l’enceinte familiale de votre enfance beyrouthine, son altruisme profond et son opposition à tous les autoritarismes. C’est sans doute ce qui donnera à votre combat une tournure singulière
Engagé dans le mouvement de résistance nationale, vous partez pour Paris en 1969, où vous poursuivez les études qui vous amèneront par ailleurs à enseigner le droit international, notamment à Paris VII, au Liban et à Princeton. Cette venue en France a fait de vous un Palestinien de Paris profondément lié à un milieu intellectuel et artistique parisien où l’on retrouve vos amis Jean-Luc Godard dont vous avez toujours admiré le travail sur l’image, Gilles Deleuze ou encore Jean Genet, et aussi Jérôme Lindon.
C’est précisément lui qui accueille en 1981, aux Editions de Minuit, la Revue d’études palestiniennes dont vous êtes co-fondateur, et dont vous allez devenir le rédacteur en chef. Se dessine alors pour vous un engagement fait d’écriture. Outre vos magnifiques traductions de Mahmoud Darwich en français - à travers pas moins d’une quinzaine de recueils et d’anthologies -, vous allez, sur la lancée de la Revue, multiplier les essais, depuis Palestine 1948, l’expulsion en 1984, en passant par les ouvrages que vous publiez avec Farouk Mardam-Bey, aux éditions Actes Sud, dont la maison contribue tant à la diffusion des lettres arabes en France ; jusqu’au tout récent Dictionnaire amoureux de la Palestine (2010), qui reflète sous sa forme par définition fragmentée, je vous cite, « l’éclatement du réel palestinien ». Un Dictionnaire dont l’humour n’est pas absent, où la perte devient stimulant, où les facéties réveillent de l’absence, où l’enfant chrétien d’Haïfa que vous aviez été décrit, par exemple, Jésus de Nazareth comme le « Fils des voisins ». De cette multitude d’écrits audacieux, il ressort un remarquable effort de pensée au service de la mémoire de 1948, de la mémoire du déplacement, au service d’un message universel aussi, contre tous les stéréotypes qui peuvent peser sur les sociétés arabes. Une expérience exceptionnelle, qui du coup fait de vous un observateur très écouté des printemps arabe.
Et puis il y a Elias Sanbar, l’homme institutionnellement engagé, par ses hautes fonctions, par ses responsabilités. Vous avez été en effet, pendant 8 ans, un négociateur des accords de paix, à Madrid en 1991, à Washington en 1992, avant que Yasser Arafat ne vous confie la coordination de la délégation pour les négociations sur les réfugiés jusqu’à 1997.
Devenu Ambassadeur de la Palestine à l’UNESCO, c’est désormais le champ de l’action culturelle qui sera l’axe principal de votre action. Vous vous impliquez tout particulièrement dans les questions qui concernent la protection et la mise en valeur du patrimoine mondial – en particulier en ce qui concerne la préservation de la vieille ville de Jérusalem. Vous avez également lancé, avec la complicité d’Ernest-Pignon Ernest, la constitution d’un fond de collection qui pourra devenir à terme le noyau d’un futur musée national d’art moderne de la Palestine, qui bénéficie d’ores et déjà de dons de très grands artistes.
Au porteur d’un combat par les mots de la poésie et ceux de la négociation, diplomate et homme de revue, traducteur et auteur, rares sont les champs d’action qui sont étrangers à celui qui a choisi de porter son engagement sur le registre universel du dialogue interculturel. C’est donc pour moi un honneur, Monsieur l’Ambassadeur, cher Elias Sanbar, de vous remettre les insignes de Commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres.
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