’’Reconnaître la Palestine à l’ONU’’, par Nabil Shaath, membre du Comité pour la reconnaissance de l’Etat Palestinien

samedi 24 novembre 2012

Yasser Arafat prononça, à Alger, le 15 novembre 1988, la Déclaration d’indépendance de l’Etat de Palestine. Cette initiative servait deux objectifs : elle permettait de réaffirmer avec force le droit à l’autodétermination du peuple palestinien et la volonté d’indépendance qui est la sienne, et elle ouvrait la voie vers une paix fondée sur la solution de deux Etats sur les frontières de 1967.



François Mitterand, alors président de la République, décida d’accueillir en 1989 le leader de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Paris pour marquerson soutien à cette démarche palestinienne et aux perspectives de paix qu’elle offrait. La France avait alors, comme si souvent dans son histoire, pris l’initiative pour favoriser la paix au Moyen-Orient.

Dans quelques jours, la France sera appelée à participer à un vote historique à l’Assemblée générale des Nations unies pour accorder à la Palestine le statut d’Etat observateur. Soixante-cinq ans après la résolution 181 qui a prévu l’établissement de deux Etats, et quarante-cinq ans après la résolution 242 appelant au retrait israélien des territoires occupés en 1967, les représentants de 193 Etats auront à décider s’ils souhaitent préserver cette solution en s’engageant pour l’émergence de l’Etat de Palestine sur les frontières de 1967, ou s’ils souhaitent laisser la paix à la dérive. Car cet Etat palestinien, pas encore né, est déjà en péril, menacé par une colonisation galopante annexant et morcelant un peu plus chaque jour son territoire.

Ce vote aura lieu alors que Gaza est frappée par les bombes israéliennes, que la répression, la colonisation continuent en Cisjordanie, favorisée par une impunité israélienne insupportable, celle qui a été souvent confirmée, y compris lors de l’agression contre Gaza fin 2008 qui a fait près de 1 400 morts, dont 400 enfants. Ceux qui veulent faire prévaloir les solutions politiques doivent tracer un horizon pour la fin de l’occupation et le respect des droits des Palestiniens, dans l’intérêt de tous les peuples de la région. L’occupation, le siège, l’agression n’amèneront jamais la sécurité à Israël mais imposeront l’insécurité à tous.

Il est temps que la communauté internationale se saisisse de cette question pourfaire respecter le droit international et les valeurs universelles, celles que nous enterrons avec nos morts, pour l’essentiel des civils, souvent des enfants, des femmes et des vieillards, qui ne rêvent que de liberté et de dignité.

Dès 1980, l’Europe a reconnu le droit à l’autodétermination du peuple palestinien et dénoncé la colonisation. Elle a contribué depuis, politiquement et financièrement, àposer les bases de cet Etat palestinien qu’elle s’est engagée à reconnaître en temps voulu. Ce temps est arrivé. Nous attendons des Etats européens qu’ils ne manquent pas ce rendez-vous historique et qu’ils votent en cohérence avec leurs prises de position successives depuis la déclaration de Venise de 1980 en faveur de la renaissance de la Palestine et de la naissance de l’Etat palestinien et en ligne avec le soutien des peuples européens pour l’indépendance de la Palestine.

En Europe, la France a toujours joué un rôle prépondérant sur cette question. Dès 1967, le général de Gaulle s’est exprimé avec force contre l’occupation par Israël des territoires arabes. François Mitterrand a évoqué, dès 1982, la perspective d’un Etat palestinien. Jacques Chirac a été engagé pour la paix tout au long de ses deux mandats. En 1999, à la fin de la période intérimaire prévue par les accords d’Oslo, sous sa présidence, et en temps de cohabitation avec un gouvernement socialiste, la France a promu avec force l’engagement des Etats européens à reconnaître l’Etat de Palestine en temps voulu comme un instrument utile pourfavoriser la paix et éviter l’impasse.

Treize ans plus tard, l’impasse est là et elle nous a mené au bord du gouffre. Il est clair que des négociations non encadrées par la communauté internationale n’ont aucune chance d’aboutir. A l’ONU, cette communauté internationale aura l’occasion de dire si elle choisit de réaffirmer son attachement à la solution de deux Etats ou si elle choisit d’y renoncer. Se complaire dans le déni de cet échec et se contenter d’appeler au retour des négociations bilatérales, sans cadres, ni termes de référence, ne favorise pas la paix, mais la poursuite de l’occupation. L’OLP a rempli ses obligations prévues par la feuille de route et le droit international, Israël refuse de remplir les siennes, y compris l’arrêt de la colonisation et la fin du siège. Il revient maintenant à la communauté internationale de dire si elle entend assumer ses responsabilités, vis-à-vis du peuple palestinien, du droit international et de la paix dans cette région du monde.

En 2011, la France s’est prononcée en faveur du statut d’observateur pour l’Etat de Palestine. Le président Nicolas Sarkozy, à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, avait déclaré : "Pourquoi ne pas envisager pour la Palestine le statut d’Etat observateur aux Nations unies ? Ce serait un pas important, nous sortirions après soixante ans de l’immobilisme, l’immobilisme qui fait le lit des extrémistes. Nous redonnerions un espoir aux Palestiniens en marquant des progrès vers le statut final."
La France, en se prononçant en faveur de l’entrée de la Palestine à l’Unesco, a reconnu le droit légitime du peuple palestinien à défendre son héritage, sa culture, son éducation et sa place dans le monde scientifique ; elle doit maintenant soutenirle peuple palestinien alors qu’il tente de faire respecter ses droits civils et politiques.

François Hollande, pendant la campagne présidentielle, s’est engagé à prendre"des initiatives pour favoriser, par de nouvelles négociations, la paix et la sécurité entre Israël et la Palestine", et à soutenir "la reconnaissance internationale de l’Etat palestinien". Ce 59e engagement démontre qu’il n’y a point de contradiction entre les négociations de paix et la reconnaissance de l’Etat palestinien.
Au contraire, la seconde ne peut que favoriser la première, en lui offrant un cadre, une perspective, et en démontrant que la communauté internationale n’entend paslaisser la puissance occupante et le peuple occupé dans un face-à-face injuste et stérile vu le déséquilibre des forces. Cela est d’autant plus vrai à un moment où l’Union européenne vient de souligner à quel point la paix est en péril et où sur le terrain la situation se détériore à une vitesse vertigineuse.

Nous voulons croire que le président Hollande tiendra les promesses du candidat Hollande, et qu’il s’exprimera avec force en faveur de l’Etat palestinien, dans le respect d’une tradition française qui résiste aux alternances politiques.

Accorder à l’Etat de Palestine son adhésion à l’ONU, ne serait-ce que comme membre observateur, contribue à accélérer la fin de l’occupation, à respecter le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, à favoriser l’unité du territoire et du peuple palestinien, à préserver la solution de deux Etats, à maintenir la perspective d’une résolution pacifique du conflit, à favoriser l’application du droit international, et la mise en oeuvre des valeurs universelles.

La France soutient-elle l’émergence de l’Etat palestinien ? Le respect du droit international ? Souhaite-t-elle contribuer à la paix au Proche-Orient ? Nous sommes confiants que nous pouvons répondre par l’affirmative à ces questions. Alors la France devrait voter en faveur de l’acquisition par la Palestine du statut d’Etat observateur à l’ONU.
Nabil Shaath, membre du Comité pour la reconnaissance de l’Etat de Palestine


Nabil Shaath est l’ex-ministre des affaires étrangères palestinien, et commissaire des relations internationales du Fatah.



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